Hommage à Edwige ELKAIM-SEBBAN

Hommage à Edwige ELKAIM-SEBBAN

Edwige Elkaim Sebban Photo LCLe Crif et la communauté juive sont en deuil, sa famille et tous ses amis sont en deuil.

Le 13 juin au matin, Edwige ELKAIM-SEBBAN, présidente du Crif Grenoble-Dauphiné, a livré son ultime combat. Jusqu’au dernier instant, Edwige s’est battue avec acharnement contre la maladie qui la rongeait depuis des années, comme elle s’est battue tout au long de sa vie pour faire progresser les causes qu’elle défendait.

De son Algérie natale et de son père, elle a gardé une nostalgie empreinte de parfums et de couleurs, qu’elle a aimé faire partager avec délicatesse et sobriété. Laissant derrière elle son enfance, elle a trouvé refuge à Grenoble, ville qui l’a adoptée autant qu’elle l’a adoptée, tel le renard du Petit Prince. Grenoble est devenue SA ville, son port d’attache, entre ses pérégrinations à Paris, Brest, Atlanta, Jérusalem, ou ailleurs.

Sa vie de femme et de mère s’est construite autour de la famille et du judaïsme, avec l’impératif qu’elle s’est imposé de transmettre sans relâche ces valeurs essentielles. Connue pour son franc-parler et sa détermination sans égale, qui lui ont valu une grande admiration – mais parfois aussi quelques inimitiés –, Edwige a largement œuvré à promouvoir la place de la femme, notamment au sein de la Commission « Femmes dans la Cité », qu’elle co-présidait au Crif national.

Professeur, présidente du B’nai B’rith France, puis présidente du Crif Grenoble-Dauphiné depuis 2009, Edwige ELKAIM-SEBBAN a fait de la lutte contre l’antisémitisme et les discriminations son cheval de bataille. Que ce soit auprès des femmes, des victimes, comme Eva SANDLER et Latifa IBN ZIATEN, ou des minorités, comme la communauté arménienne de Grenoble, dont elle ne manquait aucun rendez-vous, elle a su accompagner et porter haut les couleurs de la tolérance, du respect, de la compassion.

Je confie à ses biographes et aux personnalités qui l’ont côtoyée, la tâche de retracer plus en détails la chronologie de son parcours hors du commun. Sa dernière distinction de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite couronne, s’il en est possible, une œuvre entièrement dédiée à la défense des droits de l’Homme – et de la Femme –, à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, et à la valorisation du bien, comme elle l’a souvent répété dans ses allocutions.

Les discours prononcés par Edwige lors de cérémonies, commémorations ou événements festifs, témoignent en effet de son engagement quotidien et sans faille. Des discours, rédigés jusqu’aux heures les plus tardives de la nuit, qui alertent les consciences. Des discours imprégnés de la réflexion et de l’action d’une combattante investie d’une mission protectrice au service de sa communauté, et plus largement de l’humanité.

A sa place dans toutes les sphères jusqu’aux plus hautes instances, Edwige a toujours été soucieuse du protocole et de la bienséance, premières marques de respect envers les autres à ses yeux. Elle laisse un héritage spirituel exceptionnel, et je suis sûre qu’au Crif, toute son équipe aura à cœur de poursuivre dans la voie qu’elle a tracée.

Je revois sa silhouette frêle se détachant, seule au premier plan, sur les marches de l’Hôtel de Ville, sur les estrades et aux tribunes, d’où elle intervient inlassablement pour appeler à la paix, à la justice et à l’honneur. Oui, elle semble si fragile ! Et pourtant, il ne faut pas se fier aux apparences : droite et forte, elle trace sa route. Aucun obstacle ne résiste à son sourire désarmant et à sa volonté de fer. Grâce à son intelligence et à sa lucidité, à sa générosité aussi, les portes s’ouvrent, les montagnes se rejoignent… et surtout, surtout, les gens se rencontrent.

Ne m’en voulez pas d’écrire au présent ; je ne me résous pas à employer le passé alors que ses paroles résonnent encore si vivement à mes oreilles. Qu’elle parle des projets communautaires qui lui tiennent à cœur ou qu’elle partage de longues discussions amicales, c’est toujours avec bienveillance et conviction qu’elle conseille, soutient, valorise, et encourage. Je garde d’elle l’image d’un guide sincère et attentionné, dont le sourire illumine son entourage.

On dit que les gens qu’on aime ne partent jamais entièrement ; je continuerai donc à lui parler, à la questionner… et à écouter ses réponses.

Viviane Maislisch Attard

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